yoga toulon ayurveda
Confidences

J’ai arrêté l’alcool

Comment j’ai commencé à boire

Voilà un sujet assez difficile à aborder pour moi dans la sphère du Yoga, du mieux-être, de la spiritualité et du développement personnel : l’alcool. Pourquoi ? Parce que j’ai eu une relation intime avec la boisson. Bien plus qu’une récréation pour célébrer quelques événements heureux ou pour “décompresser” le temps d’un apéro, j’en ai fait une thérapie. Tout mon mode de vie tournait autour de « la tise ». Je mangeais moins pour pouvoir en acheter plus, je gagnais de l’argent en pensant aux différentes pintes et cannettes que je pourrais me payer. En semaine je n’avais qu’une hâte : l’heure de l’apéro quotidienne et surtout le week-end pour me « la coller » encore plus.

J’ai pris ma première cuite à 15 ans, comme la plupart des gens. Cependant, à la différence de beaucoup de mes copines, on me confiait souvent « je n’ai jamais vu une fille boire comme ça », réplique à laquelle je ne croyais pas. Je ne voyais pas le vice venir. Dès le début pourtant, je sentais que j’aimais boire pour me fuir moi-même.

Dès mes 16 ans j’ai commencé à boire tout les week-ends. Je m’inventais des prétextes pour faire la fête, comme tous les ados. Je piquais des bouteilles à mes parents ou des cannettes au casino du coin. Je fumais quelques joints mais rien de bien méchant, j’ai toujours eu davantage de penchant pour l’alcool et la cigarette que pour le reste. Même si, je ne me refusais rien quand ça se présentait à moi.

Lorsque j’ai pu emménager dans mon propre appartement à l’âge de 18 ans, je m’en suis donné à cœur joie. Que je sois seule ou accompagnée, c’était bouteille de vin rouge au menu tous les soirs, bières à midi et entre les cours. Mes week-ends s’étendaient du vendredi au mardi et se résumaient à un festival de trous noirs. Je ne comptais plus les bleus que je collectionnais à cause de mes innombrables chutes. Quand je sentais que j’étais « trop pleine » d’alcool, j’allais me faire vomir pour pouvoir continuer à boire. Un vrai moment de joie.

Si je m’autorisais parfois à récupérer un peu, alors s’abattait sur moi le poids de la culpabilité. « Comment peux-tu te mettre aussi minable alors que tu as plein de gens qui tiennent à toi ? » « T’es vraiment nulle, et pourquoi tu fais ça sérieux !!! » « Détruis-toi encore plus pour oublier… ». Voilà les pensées qui survenaient dans mon esprit lorsque je décuvais. Alors, si quelqu’un me proposait un apéro (ce qui était généralement le cas) ou s’il restait quelque chose à boire au frigo ce n’était pas de refus. Sinon, je filais vite au Super U pour en boire une… ou deux, ou trois… pour soulager cette souffrance mentale.

Résultat : à vingt ans, pour me sentir bien, il me fallait au moins 1 pack de 6 Heineken suivi d’une bouteille de vodka (et surtout la moins chère…) ou de 2 bouteilles de moelleux par soirée. Et hors de question qu’on touche à ma consommation ! En ce qui concernait mes bouteilles, je devenais une vraie lionne qui protège ses lionceaux. Le lendemain matin il était crucial de s’approvisionner en bières pour adoucir la redescente.

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Quand la part d’ombre prend trop de place

Cette pensée m’a toujours hantée : “suis-je une bonne ou une mauvaise personne ?“. J’aimerais bien savoir pourquoi pareille réflexion se loge dans mon esprit, mais impossible de mettre le doigt dessus. Aujourd’hui je travaille ça en psychothérapie et j’arrive à m’en détacher.

J’avais besoin d’être désinhiber pour me sentir à l’aise et ainsi chasser l’idée que je puisse être une mauvaise personne. En état de sobriété, je prenais du recul et me rendais compte à quel point je faisais du mal. Et donc, je me jugeais encore plus d’être une mauvaise personne. Conclusion : il me fallait donc continuer à boire pour oublier ces tourments ; ce qui ne faisait qu’envenimer ce sentiment de complexe !

Paradoxalement, nous étions hyper love dans ma bande. Je les aimais sincèrement mes copains et les aime toujours d’ailleurs. Nous étions fusionnels, nous nous comprenions les uns les autres dans notre folie arrosée. J’ai souvenir de moments très intenses avec eux, et elles.

Aujourd’hui je me rends compte à quel point ces cuites me permettaient de masquer mon manque de confiance en moi. « La tise » ne faisait que nourrir ma part d’ombre et m’empêchait toute remise en question. Malgré le fait que nous nous réconfortions à coup de « Arf l’alcool excuse tout » les lendemains soirées qui avaient dégénérés , je sentais bien que quelque chose ne me correspondait pas dans cette vision des choses. Au fond de moi, je n’aimais pas me conforter à l’idée que l’alcool était faute à tout. Je reniais complètement ma part de responsabilité et ça me turlupinait.

A ce stade, l’alcool était devenu le fondement de mon identité : j’étais la fille réputée pour boire autant voire plus que ses copains et qui avait une sacrée descente. Grâce à ces « prouesses » je me sentais spéciale. Je me confortais dans cette image de névrosée alcoolique. Je crois que je me disais que, ça faisait de moi quelqu’un qui souffre en silence mais qui le montre par son attitude, comme ces légendes du Rock qui me fascinaient tant.

Le corps parle et certaines lectures aussi !

Quand je lisais certains livres ou que j’écrivais, j’avais des moments de lucidité heureuse… Je me revois à 18 ans, allongée dans mon lit d’étudiante la clope au bec et être frappée par le récit autobiographique de Gandhi.

« Punaise il déchire ce mec, j’aimerais suivre son exemple, essayer d’être quelqu’un qui fait le bien ». Puis dès lors que j’ai compris qu’il fallait que je boive moins pour me mettre au Yoga ou à la méditation, j’ai laissé tomber. « Rien ne vaut les soirées, les trous noirs, les cuites avec les copains et la liberté de boire autant que je veux » pensais-je. Alors vite, je me rabattais sur un bon Bukowski. Au moins je pouvais me dire « ça va je ne suis pas aussi pochtronne que lui ». Toujours prendre un exemple plus extrême que soit pour se réconforter dans son idée, ça permet de ne jamais avancer !

Heureusement pour moi, mon corps m’a envoyé des signaux d’alerte assez tôt : syndrome du côlon irritable, eczéma purulent, diarrhée quotidienne et vomissements. Là, j’ai commencé à comprendre que mon corps encaissait beaucoup trop, mais il me manquait la volonté nécessaire pour sacrifier ce à quoi je m’identifiais. « Que j’ai tous ces symptômes pour une bonne raison au moins ! » me disais-je pour me persuader que ma bêtise avait lieu d’être. Il fallait que je continu d’aggraver la cause de mes symptômes (boire) dans l’espoir de mieux les supporter. Vraiment pas ayurvédique tout ça !

Sur le chemin vers l’alcoolisme, je développais une forte faculté à la dissonance cognitive pour nier le vrai problème. La plupart des gens qui justifient leur consommation d’alcool sont celleux qui ont un problème avec.

Petite lueur d’espoir

C’est quand je suis entrée dans le groupe GANG OF PEAFOWL que je me suis décidée à ralentir ma consommation. Il fallait que j’assure un minimum le chant et la fois où je craignais de vomir sur scène à cause de la cuite de la veille a eu raison de moi. Puis, j’en avais marre de décevoir mon entourage. Mais bon, malgré quelques jours de victoire, se fût peine perdue. Chaque début et fin de concert, chaque galère était l’excuse rêvée pour me remettre une caisse.

Puis, je suis sortie avec le bassiste. Il m’a appris à me voir d’un autre regard (donc autre que la fameuse fille qui boit comme un homme). J’ai sincèrement commencé à vouloir m’aimer, me supporter et me respecter pour pouvoir mieux l’aimer lui. A ce moment-là, j’étais toujours incapable de boire avec modération. Si je levais le coude pour une gorgée, c’était un vrai combat intérieur pour moi que d’en rester là. « Servez-moi un verre et je vous vide la bouteille » résume assez bien comment j’abordais le premier verre.

Comment allais-je un jour me sortir de cette folle et irrépressible envie de picoler ? Il fallait que je trouve un moyen. J’avais beau faire un peu de Yoga et de méditation cela ne suffisait pas. Quand l’alcool était là, malgré les verres d’eau que j’intercalais au milieu, je peinais. Le plus dur était de ne pas commencer, j’y suis parvenu quelque fois mais pas assez. Une seule soirée d’ivresse pouvait foutre en l’air tout le travail thérapeutique et spirituel que j’avais entrepris.

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gang of peafowl

Le grand tournant : L’Inde

Le voyage en Inde il y a deux ans de ça, m’a enfin motivée à mettre un vrai point final à cette longue histoire. Le 15 novembre 2018, soir du départ, j’ai enchainé les pintes au bar de la gare de Toulon. J’étais loin de penser que ce serait les dernières. C’est venu tout seul. A l’issu de mon 1er Vipassana (retraite de méditation) je n’ai plus jamais rebut. Je me revois assise sur le banc du jardin de Dhamma Thali (centre de méditation) et me dire « l’alcool c’est fini. Tant pis pour les soirées, tu seras décalée et alors ? Ce qui compte c’est l’amour que tu portes à tes ami.es et pas le fait de boire avec eux ou non. »

Parfois c’est super dur. Quand j’ai un coup de blues ou que je vois mes copains en soirée, j’ai vraiment envie de m’en mettre une. Mais je m’en abstiens.

Je ne sais pas ce que me réserve l’avenir. Peut-être qu’un jour je serai capable de siroter juste un verre, ou deux, (= voyez déjà le réflexe d’en ajouter un) pour célébrer quelque chose. Honnêtement je n’y crois pas. Je me connais trop sur ce terrain. En cas de gros stress je sens que l’alcool me rappelle. Pour rien au monde je voudrai me retrouver dans cet état qui me permet de ne cultiver que ma noirceur de manière si peu créative. Alors j’évite de prendre ce risque et applique ce que j’ai appris en Inde : l’observation de mes sensations physiques liées à mes émotions et surtout, à y faire face. Il y a des gens qui “savent” boire, je ne fais pas partie de ceux là.

Parfois, je regrette un peu la manière dont j’ai pu me comporter à cette époque. Quelque fois je pouvais être vraiment exécrable : je posais des lapins à ma meilleure amie et à ma mère, j’ai séché une année entière de cours à la fac financée par mon père, je me suis moquée de gens, je n’écoutais pas ma sensibilité profonde ou mes envies, j’ai menti et cassé l’ambiance à des soirées d’anniversaire etc. Mais je suis convaincue que tout ce mal était nécessaire pour rebondir de plus belle. De toute manière quand tu es au fond du trou, il ne te reste que deux options : continuer à descendre ou remonter. J’ai choisi la seconde option par amour pour la vie, pour les gens et finalement aussi pour moi-même.

Le grand point positif dans tout ça, c’est que cette « phase de débauche » m’a permis de rencontrer des gens exceptionnels pour qui j’éprouve un amour trop fou et d’apprendre à mettre de la lumière sur ma part d’ombre. J’éprouve une gratitude infinie pour mon corps, naturellement fragile à l’acidité, d’avoir pu m’alerter si tôt. Et vu que Yoga, méditation et alcool ne font vraiment pas bon ménage, je sais pertinemment que m’abstenir d’alcool en vaut vraiment le coût pour mon bonheur.

Ceci-dit, j’ai conscience du mal que j’ai pu causer et que je me suis infligée. Il me paraît donc naturel de me rattraper aujourd’hui. C’est un peu comme si je payais ma dette. Envers qui ? Envers tout le monde, moi-même y compris. Parce que, comme je le disais plus haut, je ne pense pas que l’alcool excuse tout.

Et vous que pensez-vous du combo YogaAlcool ? Avez-vous une expérience particulière à partager à ce sujet ?

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8 commentaires

  • Bolle

    merci Belle Laetitia de ce partage, de ta confidence que je viens de lire .
    Rien n’est hasard .

    J’en suis sincèrement émue.
    Grand bien à toi.

  • Élisabeth

    Ton témoignage est extrêmement touchant.. Il fait écho en moi.. Je connais tous tes ressentis, tes émotions.. Le chemin est ardu pour rester en ligne droite.. Tu as beaucoup de courage et de pugnacité.. Tu vaincras !!! Je t’envoie toutes mes pensées les plus lumineuses de force, de courage, de soutien et d’amour🙏😘💚

  • Mangala Yoga

    Merci beaucoup Sandrine pour ta réaction 🙂
    Grand bien à toi également. Merci de tout coeur

  • Mangala Yoga

    Et ta réponse est tout aussi touchante.
    Merci de prendre le temps de lire et de répondre avec ces jolis mots. 🙂

  • Michel FOUCHE

    Tu as eu tellement raison de t’être battue comme tu l’as fait. je suis très touché par ton récit et tellement heureux pour toi que tu sois ce que tu es maintenant. Merci Laetitia.

  • Mangala Yoga

    Je suis à mon tour très touchée par ton retour cher Michel. Merci beaucoup de tes encouragements, cela fait chaud au coeur. 🙂

  • Camille

    Merci pour ces mots sincères… Bravo pour ce cheminement! Bravo d’avoir eu cette force de remplacer la fuite par l’action en cherchant le moyen qui vous apaise le mieux, vous et vos tourments… vous permettant d’ainsi redevenir vous-même en mieux 🍀 💜💚🧡

  • Mangala Yoga

    merci beaucoup pour le partage de votre ressenti suite à cette lecture 🙂

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