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Confidences

Comment et pourquoi je suis devenue végétalienne

Les débuts vers le végétarisme

J’ai 20 ans et ai la chance de vivre à Londres pour environ deux mois dans le cadre de mes études. Le yoga, la méditation, tout ça, j’ai essayé un peu. Mais je préfère les soirées, alors j’ai laissé tombé. D’un coup assez brutal, je ressens un profond dégoût pour la viande et les œufs. Je suis loin de la maison, des copains, et donc des étiquettes que je me colle. J’ai l’impression que le dégoût qui se révèle m’habite depuis longtemps en fait, au moins depuis deux ans, époque à laquelle je lisais l’autobiographie de Gandhi. C’est vrai que depuis cette lecture, j’ai toujours voulu en secret, être végétarienne. Mais je n’ai jamais osé me l’avouer, par peur des complications que cela peut engendrer socialement. Ici je suis seule, alors je m’écoute et tente le coup. Pendant ces deux mois donc, je vis comme une pesco-végétarienne (ne pas manger de viande mais du poisson), sans trop savoir ce que cela signifie. Je sais juste qu’un bout de chaire animale m’évoque de la chair humaine, et que j’associe des œufs à des menstruations. C’est bizarre mais les produits de la mer ne me dégoutent pas, du moins pas pour l’instant. En tout cas, plus question pour moi de manger des règles ou de la viande !

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Que manger sans causer de souffrances ?

De retour à la maison, je continu sur cette lancée. Le fait de manger du poisson est assez pratique. Cela facilite la tâche à mes proches quand ils me reçoivent, et puis j’ai un peu peur de m’affirmer, alors ça m’arrange bien. Cette contradiction me freine dans la réflexion de ma motivation quant à devenir vraiment végétarienne.

Quand je suis à table avec des gens, des pensées telles que “mais c’est comme du cannibalisme, pour rien au monde il voudrait manger mon ovule non fécondé, alors pourquoi mangerai-t-il celui d’une poule ? », « Et si c’était mon bras cuit, là, à côté de ses pâtes, il boufferait avec autant d’avidité ? » me trottent dans la tête. Allez savoir pourquoi je ne fais pas encore le lien avec le lait des vaches et celui des mamans humain.es ? Seule chez moi, dans mon petit appart toulonnais, je vais même plus loin : « mais Let, si tu poursuis ton raisonnement jusqu’au bout, tu fais quoi d’une tomate ? D’une banane, d’une noix ? C’est de la chair aussi ! En fait tu ne peux rien manger sans faire de mal au vivant ». C’est ainsi, que je me résous également à dire bye bye au poisson et aux fruits de mer. Malgré tout, je demeure insatisfaite. La sensation d’être prise au piège de mon propre raisonnement me tourmente. Je suis bien obligée de manger quelque chose de mort pour subvenir aux besoins de mon corps. Manger devient pour moi un acte culpabilisant car forcement lié à de la cruauté. Qu’il s’agisse de viande, d’œufs, de poissons, de légumes, de céréales, de fruits etc, toutes ces denrées ont été tuées pour que je puisse m’en délecter. Quelle barbarie que la vie ! Comment puis-je me nourrir avec bienveillance ? Dois-je attendre que la tomate ou que la pomme tombe de l’arbre pour pouvoir la savourer sans l’amertume du remords ?

Ces pensées-là, je les garde pour moi, de peur de paraître dingue.

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Pression sociale

Lassée de mon raisonnement auquel je ne trouve ni réponse, ni solution depuis deux ans, je regoûte à la viande, au poisson et au œufs. Je suis désespérée de ne pouvoir manger sans causer de souffrance. Mais je me force à aller au-delà de mon dégoût et me pardonne à coup de « tant qu’à créer de la souffrance, autant le faire bien, autant ne pas me priver ». En plus, je suis en couple maintenant et avoir un régime alimentaire différent de celui de mon nouveau chéri me paraît compliqué. Je n’aime pas l’idée de le décevoir si il me cuisine un repas. J’ai tellement peur de ne pas être acceptée avec mes idées, que je préfère les taire, les foutre au placard, me convaincre qu’elles sont nazes et que de toute manière je ne suis pas comme Gandhi !

Pendant ces deux ans de « rechute carnée », je ne me refuse rien. Même le foie gras n’y échappe pas. Les anciennes pensées végétariennes sont toujours quelque part, dans un coin de ma tête, mais n’ont pas assez de poids face à la pression sociale que je m’inflige. La confiance, en moi et en mes idées, est ma grosse lacune. Alors je fais profil bas.

Août 2015. Londres remonte à trois ans. Désormais, je vis en coloc, avec mon groupe de rock, et j’adore régaler mes copains à coup de tarte aux lardons et de pâtes bolo. J’adore aussi manger des gros burgers avec eux, même si je le commande souvent végétarien. Bref, j’ai fait du Gang of Peafowl ma priorité. Les pensées altruistes pour les animaux n’ont plus trop leur place ici.

Végétarienne pour de vrai

Un an plus tard seulement, j’ai donc 25 ans, j’emménage avec mon chéri, dans un appartement rien que pour nous. Finit la colocation, c’était un peu trop difficile. Enfin, je peux à nouveau consacrer du temps à l’introspection. Ça m’avait tant manqué ! A présent, il est temps pour moi de vivre en accord avec les valeurs qui m’importent vraiment : éthique, justice, apprentissage, bienveillance. Heureuse d’avoir le temps d’accorder de la réflexion à ces valeurs, je me demande par où commencer ? Et si je relisais l’autobiographie de Gandhi ?

Après cette seconde lecture, je me sens enfin prête. J’affirme sérieusement ma motivation et conviction et l’annonce à Tommy : je ne veux plus manger de viande, ni de poisson. Pour lui c’est un monde qui s’écroule (il est le plus grand fana de burgers que je connaisse), mais après le film « Okja » il se décide également. Ensemble, nous devenons végétariens à la maison et en parlons autour de nous. Je me mets au Yoga et à la méditation, ce qui ne fait que renforcer ma position. Cependant, lorsque nous buvons un peu trop, les anciennes coutumes prennent le dessus « vite un Macdo ». Nous culpabilisons un peu le lendemain et reprenons notre nouveau régime avec la joie d’avoir l’impression de ne plus être lié.es au massacre de masse qu’inflige les êtres humain.es aux animaux.

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Du végétarisme au véganisme

On est en décembre 2017. Noël en famille nous paraît difficilement envisageable avec ce nouveau régime. Pour simplifier la chose, nous nous retirons en amoureux dans un charmant chalet dans les Alpes. Je suis encore loin de me douter ce qui va suivre.

La veille du départ, je tombe sur le livre d’ Ophélie Véron « Planète végane » et sur celui de l’association L214 « Une voix pour les animaux ». Parfait, j’aurai de quoi lire pour les vacances ! Je les achète sans réfléchir, ne sachant même pas ce que signifie le mot « végane ».

Nous passons un Noël tout doux avec un menu végétarien qui nous plaît : tartiflette sans lardons et burger au steak végé. Je n’ai pas encore ouvert les bouquins. Alors à la fin d’une ballade dans la forêt enneigée, nous nous offrons une fondue savoyarde « sans charcuterie pour nous s’il vous plaît » au pied du Mont Blanc. Franchement, c’est le pied. La vie est belle.

Le soir même, je me lance enfin dans ces nouvelles lectures que je dévore à une allure incroyable tellement je suis stupéfaite par ce que j’y découvre ! Le lait, le miel et les œufs sont eux aussi des purs produits du massacre animal ! Je n’y avais jamais pensé. Et pourtant, maintenant que je le sais, ça fait tout son sens. Bien évidemment que la vache ne donne pas volontairement au paysan le lait qui est destiné à son bébé. Et bien évidemment que cette même vache connaîtra le même sort que tous ces congénères tués pour la consommation de la viande bovine. Et encore PLUS bien évidemment : où va le veau ? Ébahie, j’en parle à Tommy, qui de grâce, tombe sur la même conclusion que moi : nous ne pouvons continuer à consommer tout ça, maintenant que nous savons, nous devons devenir véganes. Afin d’être sûr.es de notre choix, nous nous mettons au défi de visionner toutes les vidéos d’L214 (Halloween bonjour). D’un coup, la vie est moins belle. La fondue d’il y a quelques jours m’écœure, l’industrie me dégoute, le monde me dégoute.

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Militer pour les animaux

Au début, nous pensions être véganes qu’à la maison. Ça n’a pas duré très longtemps. Heureux.ses de notre nouvelle résolution, nous revoyons toute notre cuisine et notre manière de faire les courses. Je vends tous mes habits en cuir sur vinted, j’apprends à faire des cookies à l’huile et m’acharne à alerter tous mes proches. Je traverse une grande phase de déception quand je m’aperçois que la plupart de mes ami.es et des membres de ma famille ne prennent pas la même décision que moi. Je ne supporte pas leurs arguments et ressent beaucoup de colère. C’est pourquoi, je décide très rapidement de m’engager en militant avec des associations pour les droits des animaux. Avec L214, je participe à des actions de rues et des manifestations, je rencontre des gens qui me comprennent et qui vivent à peu de choses près les mêmes émotions que moi. Cela me soulage beaucoup. Avec d’autres associations, comme avec Anonymous for the Voiceless ou  269 Libération Animale, je montre des vidéos dans la rue, et vais même devant un abattoir. Cette action devant l’abattoir d’ailleurs, a un impact trop déroutant pour moi. Je me fais littéralement du mal.

A ce moment-là, je crois le faire par pur altruisme pour les animaux. En réalité, je le fais pour moi-même. Ce processus de militantisme se révèle très important pour moi. Il me permet enfin de m’affirmer, d’avoir confiance en mes arguments et mes idées, de déverser ma frustration et ma colère et d’avoir l’impression d’agir concrètement pour une bonne cause. Grâce aux rencontres que j’y fait, j’affine petit à petit ma manière de penser le véganisme.

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Fin 2018, je m’envole pour l’Inde. J’en reviens changée. J’ai besoin de consacrer du temps à mon nouveau projet : celui de Mangala Yoga et me retire peu à peu du mouvement végane. Mon hygiène de vie reste la même, mais je n’ai plus de colère. Et je crois que la colère était le moteur de ma motivation militante. Je suis heureuse que ce mouvement existe, car il faut du « choc » pour que les choses bougent, mais je n’y ai pas ma place en ce moment. La dernière action à laquelle je participe se déroule à Aix-en-Provence : habillé.es en noir, nous restons debout pendant 3h et portons des porcelets congelés retrouvés dans une poubelle d’élevage. J’aime l’idée de montrer la réalité aux passant.es. Qu’iels devienne végane ou non, je trouve important que les gens connaissent la vérité sur ce qui se cache derrière leurs assiettes. Bio, pas bio, producteur ou non, le sort pour les animaux est toujours le même. Ils finissent tous à l’abattoir, sont tous bourrés d’antibio, inséminés et ont tous subis l’arrachement à leur mère ou à leur progéniture.

Pour le vivant dans son ensemble

Aujourd’hui, 29 ans, je ne cherche plus à convaincre. Je me contente de vivre mon truc et propose des alternatives à celles et ceux qui en demandent. A l’occasion, j’adorerai un contact direct avec les animaux, comme aider dans un refuge, ou avoir le luxe de m’offrir un grand terrain pour pouvoir y accueillir des animaux rescapés des abattoirs.

Je ne peux vous cacher, qu’en tant que végane, il y a des choses dont on apprend à se passer, surtout socialement. Par exemple, je décline les invitations qui je le sais, me mettront mal à l’aise, comme les barbeuks, les michouis et les raclettes. L’idée de festoyer autour de ces denrées me dégoûtent, c’est très désagréable d’assister à ce genre de repas pour moi. J’ai du tenter quelque fois pour comprendre que cela n’en valait pas la peine. Cependant, gustativement, je suis tout aussi comblée qu’avant, voire même plus. L’alimentation végétale regorge de saveurs surprenantes et raffinées. Mon chéri fait une fondue végane identique à celle au fromage, qui plus est, est beaucoup plus digeste.

J’ai toujours en tête, qu’il est impossible de se nourrir sans causer de souffrance. Mais n’est-ce pas là un superbe argument pour nous convaincre que nous ne faisons rien de mal en restant lié à l’abatage des animaux ? Si mon mode de vie me le permettait, j’adorerai avoir ma petite butte de permaculture, pour me nourrir de fruits et légumes poussant dans une terre à laquelle on ne fait pas la guerre. Ce serait vraiment chouette mais ce n’est pas possible pour le moment. Donc en attendant, j’ai fait le choix de privilégier le bien-être animal plutôt que végétal. J’ai beaucoup moins de problème à l’idée de devoir cueillir une carotte que de tuer une vache. De plus, le règne végétal recouvre tout mes apports en nutriments essentiels, ce qui ne serait pas le cas si j’optais pour un régime fait uniquement de produits animaux.

Voilà, comment et pourquoi je suis devenue végétalienne.

Je vous remercie d’avoir voté pour ce topic :). Ca été très agréable que de voyager dans le temps pour observer mon propre cheminement.

Et vous, tendez-vous vers la végétalisation ? Dites moi en commentaire pourquoi oui ou pourquoi pas, j’adore lire :). Je vous laisse avec une photo prise cet été au restaurant “Gaïa” qui se trouve au bord de la plage à Hyères et dont la carte est succulente et vegan-friendly !

Je vous embrasse,

Laetitia

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