Spiritualité – Flashback Vipassana #2

vipassana yoga var toulon

En attendant l’événement du 27 janvier à Menthe Chocolat, je me suis replongée dans les états émotionnels par lesquels je suis passée durant certains jours de cette seconde retraite de méditation Vipassana, que j’ai suivie à Jaipur du 22 décembre au 2 janvier.

Toute forme de communication étant exclue durant ces dix jours, je n’ai pas pu écrire dans mon carnet comme je le fais d’habitude. Ainsi, et malgré la difficulté de l’exercice, c’est une semaine plus tard que j’ai essayé de retranscrire à l’écrit mes ressentis, pensées et émotions… 

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25 Décembre, Jour 3 - Dhamma Thali Vipassana Center, Jaipur

C’est noël. Ma famille doit être en train de festoyer. Je vois leurs sourires et ça me fait tout chaud au coeur.

“Joyeux noël Laet, tu te fais le plus cadeau qui soit. Alors déprimes pas.”

12h45. Assise sur un banc, après une petite marche lente et consciente, je prends le soleil. 

Cela fait trois jours que je me tais mais que mon esprit bavarde. Quel flot de bavardages redondants ! Tel un pendule, il ne cesse de jongler entre le passé et le futur. Et le présent alors ? Pourquoi est-ce si difficile de demeurer dans l’ici et maintenant ?

Cela fait trois jours que j’observe ma respiration 10h30 par jour et que je compte les jours, les heures et les minutes qui me séparent du jour 10. 

Cela fait trois jours qu’on s’est dit “à dans 10 jours, on tient bon” avec Tommy et que j’ai confié téléphone, papiers d’identité, livres, carnets d’écriture, stylo et appareil photo à la réception.

Cela fait trois jours que je dors sur un lit en pierre, que je jeûne de 11h du matin à 6h30 du matin du lendemain.

Cela fait trois jours que, tant bien que mal, je ramène ma concentration sur mon souffle dès que je surprends mon esprit à ressasser le passé ou à fantasmer et à s’inquiéter sur l’avenir.

Il me reste encore 7 jours à tenir. Une semaine.

Une semaine, en théorie, ça passe vite. Mais ici, une semaine, c’est l’infini, l’éternité, bref c’est long quoi. Parfois j’aime bien, me dire que j’ai encore une semaine à passer ici, à m’observer, à être coupée de tout, à me taire et à ce que personne ne me parle. Et parfois, j’aime pas. Parfois j’ai envie de pleurer, de hurler, de parler, d’écrire, de danser, de m’exprimer. Mais bon… mon esprit prend le relais, pour s’exprimer il est le roi, il n’a pas besoin d’artifices ! Alors je ramène à la conscience du souffle, encore et encore et encore. Je n’ai que ça à faire de toute façon. Soudain, une voix résonne dans ma tête “à quoi bon tout ça ?”, une seconde plus tard une autre, “haaa que je suis bien ici”.

Cela fait trois jours que les choses les plus simples du quotidien sont devenues un luxe: me verser de l’eau chaude sur le corps pour me laver, me coucher dans mon duvet, boire de l’eau,  marcher pour me dégourdir les jambes et manger. 

12h50. Le gong sonne. C’est l’heure. Je me motive malgré moi. “Aller meuf, plus qu’une demie-journée et c’est le Jour 4.” “Punaise, mais je vais mourir, c’est trop long.” “Mais non, allé let’s do this !” Souriante, je me lève.

13h. Je rentre dans ma cellule attitrée, m’assoit sur mon coussin, m’enroule dans mes plaids et éteins la lumière. Je ferme les yeux et c’est parti pour 1h30 d’Annapana, cette technique d’observation du souffle qui vise à aiguiser l’esprit pour le préparer à Vipassana, la technique de méditation que nous pratiquerons dès demain et jusqu’à la fin de la retraite.

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29 Décembre, Jour 7 - Dhamma Thali Vipassana Center, Jaipur

Les milliards de pensées ont laissé place à un léger sifflement aiguë dans mon oreille droite. Comme si j’entendais constamment le silence. L’esprit se calme. En dehors de la pure conscience du présent, n’adviennent que des pensées profondément enracinées: peurs, phobies, traumatismes et désirs les plus enfoui.e.s dans mon soi-disant “inconscient”. On a envie de hurler ou de pleurer mais on apprend à le gérer, à l’accepter, à s’en détacher. Je tiens bon parce que je sens que, grâce à la pratique intense de cette technique je me libère de toutes ces chaînes, ces entraves et ces mécanismes de mon esprit. Un mal pour un bien comme on dit.

Il ne me reste plus que 3 jours. 3 petits minuscules jours. “Que sont ces 3 jours après cette semaine que tu viens de passer hein?!” “Mon dieu, mais les 3 premiers jours étaient tellement longs, comment vais-je tenir ?”… Et le courage me reprend “Allé, tu le sais, ces 3 jours vont finir par passer !”

Bizarrement, ce qui passe le plus vite sont ces 3 sessions journalières d’une heure où nous n’avons ni le droit de changer de position ni d’ouvrir les yeux. Elles ne me laissent pas d’autres options que d’être absorbée dans ma méditation et ainsi, je cesse de courir après les minutes et après les jours. J’observe douleurs et plaisirs sans réagir… J’observe, j’observe, j’observe… et l’heure se termine.

Mes sens sont à présent décuplés, à l’affût, tel un animal peut-être. Je flaire toutes odeurs environnantes et ressens continuellement le moindre objet extérieur qui entre en contact avec ma peau: habits, brise d’air, plantes, température, sécheresse et humidité. Quand je mange, je sens la manière dont réagisse les papilles de ma langue à chaque saveurs. Je sens aussi les différentes sensations corporelles liées à tel ou tel goût. Lorsque je savoure quelque chose de sucré, j’ai des fourmillements très agréables dans les pieds ! J’en conclue donc que c’est en réalité à cette sensation là que je suis accro, d’où le fait que j’ai tendance à ne pouvoir me contrôler devant du chocolat ou des pâtisseries…

Allongée sur mon lit durant la pause de midi, je regarde “un mur blanc” mais je vois au delà. Je vois des milliards de micro-points multicolores qui scintillent à une vitesse aussi rapide qu’un éclair. Vois-je l’invisible ou “l’éther” comme on dit dans le jargon yogique ? J’admets l’inadmissible: le mur n’est pas qu’ “un mur” et le plafond bien plus qu’un plafond. 

De temps à autre, par peur, mon mental qui veut sauver son conditionnement, tente de reprendre le contrôle et me crie “ça en est trop ! Tu ne peux pas supporter cette réalité, stop, stop, stop !”. Alors naît une sensation très désagréable dans ma poitrine, je respire moins bien, puis des douleurs tortueuses apparaissent dans le dos. J’ai très chaud et me sens nauséeuse. J’ai envie de vomir, mais comme je l’apprends ici, je me distance de ces réactions physiques, en les observant objectivement. Impassible, je les constate, et tôt ou tard, elles finissent toujours tard par disparaître. 

En ce jour, j’ai éradiqué des phobies et angoisses très ancrées, donc je n’avais même pas idée, et qui contrôlaient nombreuses de mes réactions comportementales. Sans aide, sans personne, juste en méditant. Je n’en reviens pas que le silence juste et l’observation juste du soi aient eu autant d’impact. Il me reste que quelques jours pour travailler et je sens bien qu’ils ne vont pas être des plus aisés. Cette nuit là, je n’arrive pas à trouver le sommeil. Alors, comme si j’en n’avais pas assez, je continue à méditer dans mon lit jusqu’au lendemain matin…

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